lundi 25 avril 2011

Souris, c’est pas grave!


« Qu’est-ce que t’as envie de manger ce soir, du poulet ou du steak? », me demanda mon amoureux indécis devant le comptoir de boucherie du supermarché.

Je regardais attentivement les pièces de viande soigneusement emballées et étendues dans le comptoir réfrigéré.

Entre les rognons, les andouillettes et les tripes, se logeait une rangée des steaks emballés dans des pochettes d’aluminium. J’étais en train de me déplacer un peu pour examiner les poitrines de poulet plus attentivement quand mon regard bifurqua sur le sol…

« HAAA! Mon Dieu! »

Je ne pus m’empêcher de lâcher un cri démentiel.

Tous les clients cessèrent leur activité et se tournèrent vers moi.

J’avais peine à articuler. Je pointai la petite chose qui essayait de s’enfuir sur ses quatre pattes…

« Une souris! »

Je regardai alors autour de moi à la recherche d’un objet quelconque sur lequel je pouvais grimper.

Rien!

Je croisai le regard d’une femme elle aussi apeurée, puis je la vis s’enfuir dans une allée.
Les autres clients, eux, reprirent leur chemin tranquillement, puis un employé arriva nonchalamment avec un balai, comme si c’était une tâche routinière.  

« On s’en va! », lançai-je en laissant tomber mon panier par terre quand le petit rongeur fut finalement hors de vue.

« Chérie, on va quand même acheter quelque chose pour le souper. »

Il croisa mon regard angoissé.

« Que dirais-tu de manger du poisson ce soir? Allons par là-bas. », dit-il en m’entraînant vers la section poissonnerie alors que je tremblais encore.

En m’y rendant, je ne pus m’empêcher de jeter des regards furtifs dans toutes les directions, telle une vraie paranoïaque. J’imaginais la petite bête surgir d’un étalage de boîtes de conserve et atterrir directement dans mon panier.

Je devais me calmer. Respirer.

Ce n’était qu’une toute petite souris. Elle ne faisait rien de mal, elle ne cherchait qu’à sortir de ce labyrinthe rempli de nourriture. Elle était même plutôt mignonne en y repensant bien. Elle était sans doute entrée par la porte des livraisons, il n’y avait pas de quoi paniquer. 

Je compris toutefois mieux pourquoi il y avait souvent des chats dans plusieurs restaurants de la ville…

Mon cœur commençait à reprendre son rythme normal, j’avais réussi à me résonner.

En essayant de regagner mes esprits, j’analysais les différentes variétés de poissons étendus sur le grand comptoir rempli de glace.

« Du saumon? Du cabillaud? Qu’est-ce qui te plairait? », demanda gentiment mon copain.

« Regarde. Du crabe, ça serait bon! »

Après l’épreuve que je venais de vivre, j’avais bien le droit à un peu de luxe! Je m’approchai tranquillement de ces gros crustacés pour distinguer le prix piqué dans la glace concassée quand…

« HAAA! Mon Dieu! », criai-je en sursautant.

Le poissonnier arriva en courant.

Je pointai les carapaces.

« Un des crabes vient de bouger! »

« C’est normal, Madame, ils sont juste engourdis par le froid. Je vous en prends combien? », me demande-t-il en faisant claquer sa longue pince. 

Je me retournai vers mon amoureux, l’air suppliant.

« OK », abdiqua-t-il. « Grec ou Italien? »

©Marilyn Préfontaine